Séance académique des Fêtes de Wallonie

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Dimanche 21 septembre 2025

Discours de Monsieur Willy Demeyer

 

Bourgmestre de la Ville de Liège, prononcé à l’Opéra Royal de Wallonie le dimanche 21 septembre 2025, dans le cadre du 195ème anniversaire des Événements de 1830 et de la célébration des Fêtes de Wallonie.

 

© Ville de Liège

 

Mesdames et Messieurs,

C’est toujours un plaisir de vous accueillir pour la cérémonie des Fêtes de Wallonie dans notre magnifique Opéra.

Merci au Chœur Jeunes de l’ORW, merci au personnel de l’Opéra ainsi qu’à notre Directeur Général et Artistique, Monsieur Stéfano Pace.

Je voudrais d’ailleurs féliciter l’Opéra pour sa remarquable production tout au long des saisons et en particulier pour la superbe adaptation de Faust.

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Mesdames et Messieurs,

L’année dernière, à pareille époque, nous tirions le bilan de la législature municipale 2018-2024.

À Liège, la Meuse a coulé sous le Pont des Arches, charriant son lot de dossiers en cours et d’éléments nouveaux, parmi lesquels les élections communales et provinciales et l’inauguration du Tram de Liège.

Nous avons pu, à cette occasion, découvrir 50 hectares d’espaces publics réaménagés grâce à un moyen de transport structurant.

Il répond à une vision d’aménagement du territoire voulue par les Collèges successifs, bien mise en avant par le Cartoville récemment édité par les éditions Gallimard.

Les hectares ainsi libérés, au-delà des opportunités que cela permet, ont aussi remis à l’avant-plan un problème qu’il nous faut résoudre, celui du trafic de drogues, celui de la consommation, de la précarité, qui s’expriment dans notre centre-ville, comme dans celui de toutes les métropoles.

Pour cela, il nous faut obtenir des moyens, notamment policiers.

Cet appui policier est d’autant plus nécessaire que nous devons aussi gérer, sur le territoire liégeois, les conséquences d’événements qui se déroulent ailleurs, sur le plan national ou international.

La journée et la soirée de jeudi dernier en ont été une illustration.

À cet égard, je condamne à nouveau, fermement, la profanation de la tombe de Jean Gol, illustre liégeois s’il en est !

Tout acte d’antisémitisme doit être condamné sans ambigüité. Les services communaux, répondant à mes instructions, ont immédiatement lavé les souillures et la Ville a déposé plainte.

En soirée, à l’initiative du Centre Jean Gol, une conférence s’est tenue à la Salle académique de notre Université.

À cette occasion, des voies de fait inadmissibles ont été commises contre les participantes et les participants. En accord avec Monsieur le Procureur du Roi, ces voies de fait seront poursuivies. La poursuite s’effectuera sur base des analyses en cours par notre Police judiciaire, des nombreux éléments en notre possession.

Nous avons évidemment une pensée pour les personnes malmenées et traumatisées.

Je remercie Monsieur le Chef de Corps, les forces de police, pour leur engagement dans cette situation difficile.

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Mesdames et Messieurs,

Liège est attachée à la liberté d’expression et à la confrontation des idées dans un cadre démocratique.

La tenue de la conférence devait être garantie et la contestation de cette conférence d’une manière non violente et la promotion d’autres opinions démocratiques doivent l’être également.

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Mesdames et Messieurs,

Je reviens à la quiétude de l’espace public pour vous parler de la cocaïne qui a trouvé en Europe un marché plus florissant qu’aux États-Unis.

Les têtes pensantes de ce trafic sont à Dubaï, les mafias d’Amérique du sud font entrer le produit principalement par les ports d’Anvers et de Rotterdam, les mafias albano-kosovardes la conditionnent pour le marché local et la mokromafia la distribue dans nos rues.

Les nuisances qui s’expriment à Liège sur un espace public rendu à la population, rénové et restreint, génèrent des réactions et des mécontentements des habitants du centre-ville, des commerçants et des visiteurs.

Cet état de fait contrecarre tout ce qui a été entrepris avec des centaines de millions d’euros d’investissements publics et privés pour promotionner la ville au niveau économique, culturel et social.

Face à ce fléau international et national, la Belgique a créé un Commissariat national de lutte contre la drogue sur base notamment d’un plan inspiré par la Grande Bretagne, plan intitulé « Nettoyer, Maintenir et Construire ».

J’ai initié, au nom de Collège communal, un dialogue sur ce sujet important et difficile avec le Comité de Direction de la Police, présent en nombre aujourd’hui et que je remercie.

Un débat a eu lieu au Conseil communal du 1er septembre denier et, dès le 2 septembre, Monsieur Demelenne a donné des instructions dans le cadre d’une action de police intégrée et ciblée qui porte ses fruits.

Monsieur le Chef de Corps poursuit une réflexion approfondie afin d’amplifier et de pérenniser l’opération grâce à un plan intitulé Paix publique zonale, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2026.

Je ne méconnais pas les difficultés de l’exercice et je l’en remercie.

Nous nous sommes également outillés, à la demande du Fédéral, pour lutter contre la criminalité subversive, c’est-à-dire les prétendus commerces qui visent à blanchir l’argent tiré du trafic de drogues.

Je prendrai les décisions qui s’imposeront en matière de fermetures d’établissements dans le cadre d’un Protocole convenu avec Monsieur le Procureur du Roi, que je remercie également.

En matière de sécurité, le Conseil communal établira aussi ses priorités et celles de la population liégeoise, à travers le Plan Zonal de Sécurité.

Les consultations que nous avons effectuées montrent que cette problématique est au premier rang des souhaits des Liégeoises et des Liégeois.

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Mesdames et Messieurs,

Le problème n’est pas que policier. Nous allons tenir une conférence au niveau national pour définir avec toutes les autorités concernées un plan global et intégré de lutte contre les méfaits de la drogue. Il s’agira d’établir un nouveau consensus liégeois.

Toutes les autorités, de la prévention de 1ère ligne jusqu’à la répression la plus dure seront concernées :

  • la Communauté Wallonie-Bruxelles,
  • la Région wallonne,
  • la Province,
  • le Pouvoir fédéral,
  • Justice,
  • Intérieur,
  • Prisons,
  • les hôpitaux avec le corps médical,
  • et le secteur associatif.

Avec un débat qu’il faudra remettre sur le tapis, dès que la Région aura livré ses dernières conclusions, qui est celui des salles de consommation et de la manière dont on peut traiter les assuétudes.

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Mesdames et Messieurs,

La Ville de Liège assume sa part à la fois avec son action policière mais aussi avec son action sociale dans tout ces problèmes de sécurité mais aussi les problèmes sociaux, mais nous ne pouvons pas tout faire. Il faut que chaque institution prenne sa part parce que, seule, la Ville n’y arrivera pas.

Dans le même registre, le Collège a enregistré avec satisfaction le plan « Grandes villes » de Monsieur Bernard Quintin, Ministre fédéral de l’Intérieur et de la Sécurité, qui répond aux doléances des Bourgmestres concernés.

Ce plan repose sur 5 composantes :

  1. Les caméras
    Vous savez qu’à Liège, nous en avons déjà beaucoup. Elles sont contrôlées démocratiquement par le Conseil et donnent de bons résultats.
  2. Les opérations coups de poing
    L’action en profondeur et dans la durée telle qu’elle a été initiée par le Chef de Corps.
  3. Les patrouilles policiers/soldats 
    Nous connaissons à Liège notre mécanisme puisqu’il s’est déployé lors des alertes pour terrorisme. Nous pouvons y souscrire, mais il ne conviendrait pas que cela soit une prise de pouvoir du Ministre de la Défense par l’intermédiaire de soldats au pouvoir agrandi, une prise de pouvoir sur notre territoire.
  4. Davantage de policiers fédéraux
    Evidemment, Monsieur le Directeur Judiciaire, pour les enquêtes, mais aussi pour le maintien de l’ordre.
  5. Davantage d’argent pour les polices locales
    Un calcul récent du Comité de direction de notre Police a montré que nous étions sous-financés à hauteur de 10 millions d’euros. Nous souhaitons retrouver un financement correct.

Et enfin, Monsieur le Procureur du Roi, n’oublions pas la Justice et les Prisons, parents pauvres du Fédéral, dont l’action est pourtant indispensable, primordiale.

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Mesdames et Messieurs,

De nombreuses réformes, initiées par les Gouvernements national, communautaire et régional, auront, comme dans les autres communes wallonnes mais parfois plus qu’ailleurs, des répercussions, notamment budgétaires, pour la Ville de Liège.

Le Collège y fera face en espérant ne pas devoir affronter, en plus, un climat social dégradé.

Loin de moi l’idée de polémiquer. Ce n’est ni le lieu, ni le moment.

Force est cependant de constater en ce jour des Fêtes de Wallonie qu’un certain nombre de ces décisions ne vont pas participer au développement de la Wallonie.

Permettez-moi à présent, Mesdames et Messieurs, de clôturer en abordant quelques chantiers que nous allons mettre en avant à Liège pour les prochains mois.

Je vous invite à suivre, puisque c’est possible grâce à la rediffusion du Conseil, le Conseil de fin septembre, le 29 plus exactement, où nous soumettrons au vote et où nous adopterons je l’espère le Plan Stratégique Transversal qui définit toutes les actions que nous souhaitons mener durant cette législature.

Je vais en énumérer quelques-unes.

Notre tissu commercial a souffert et souffre encore.

Le Collège lancera, dans les prochaines semaines, un grand plan de soutien et de redéploiement.

En matière culturelle, nous continuerons à soutenir l’activité de toutes les institutions grandes, petites et moyennes, qui font une des spécificités de notre métropole culturelle européenne.

L’activité hospitalière contribue au bien-être, à la santé, de notre population, mais aussi à l’emploi puisque nos hôpitaux, publics et privés, génèrent des dizaines de milliers de postes de travail.

Les modifications législatives nous commandent de nous entendre afin de fonder un grand réseau public de soins.

Le Collège participera activement à la réflexion et à l’action autour de ce thème, au profit des patientes et des patients.

Nous devons également poursuivre notre adaptation face aux modifications climatiques.

Les récentes inondations l’ont encore démontré. Le Plan Canopée sera poursuivi et des milliers d’arbres seront plantés partout où c’est possible.

Notre projet de territoire, qui pour l’instant est un dossier présenté au Conseil, qui épargne les espaces verts et densifie les noyaux d’habitats, sera transformé en règlement donc un texte qui aura une valeur obligatoire, sous forme d’un Schéma de Développement Communal.

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Mesdames et Messieurs,

La mobilité est un élément fondamental de la vie quotidienne du développement d’une région.

Le Pays de Liège, agglomération de près de 700.000 habitants, doit être doté d’un réseau de transports publics performant et attractif.

Il s’agit là d’une compétence essentiellement régionale.

Nous constations que la ligne 1 du Tram est un succès et devrait atteindre durant le mois d’octobre le chiffre important de 360.000 usagères et usagers par semaine.

Par contre, la réorganisation du réseau de bus, intervenue en avril dernier, s’est traduite par un recul marqué de l’offre dans certains quartiers, tant par le nombre de passages, que par la plage horaire desservie.

De surcroit, les annulations de bus sont trop fréquentes. Cette situation perturbe la vie de la population, nuit aux transports publics et à la vie économique, sociale et culturelle.

Pour être complet, cette réorganisation a aussi permis des améliorations sur certaines lignes et il faut constater que le TEC a, malheureusement, des moyens limités. Ils se sont néanmoins engagés à plusieurs évaluations dans le futur. Il faudra y être très attentif aux côtés du Collectif Combali.

Par ailleurs, le projet Busway est une évolution positive. Il prévoit 4 lignes de bus à hauts niveaux de services vers Fléron, Chênée, Ans et le Sart-Tilman. Cette dernière ligne vient d’entrer en service, au profit des étudiants, des travailleurs et patients du CHU et également des travailleurs du parc scientifique de Liège, Science Park.

Le grand axe de la transurbaine entre Ans et Chênée est plus important encore que le trajet de la Ligne 1 du Tram.

Ligne 1 du Tram qui est, comme on l’a dit, quasi saturée.

Ce trajet Ans-Chênée est plus important parce qu’il desserre encore plus de population et, dans l’avenir, encore plus d’infrastructures.

On comprend qu’il faut prévoir à terme sur ce trajet, après les Busway, une deuxième ligne de tram, ligne de tram dont il faut lancer les études au plus tôt.

Enfin, n’oublions pas le chemin de fer et le Réseau Express Liégeois, qui doit s’articuler avec les bus et le tram.

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Mesdames et Messieurs,

Les difficultés sont d’importance et les défis sont nombreux. L’argent public est rare. Nous ne les relèverons pas ces défis sans nous remettre en question, sans opérer de changements, de grandes mutations.

L’Administration de notre Ville prendra sa part dans la conduite de ses dossiers sous la direction de notre nouveau Directeur Général, Laurent Rea Fuente, de notre nouveau Directeur Financier, Jean-François Huart, et je salue à cette occasion l’importante délégation des Directions de la Ville qui ont tenues à être présentes ce midi.

Liège, capitale économique de la Wallonie, présente de nombreux atouts.

Nous devons organiser, coordonner les outils existants à l’échelle du Bassin.

Le GRE, Groupement de Redéploiement Économique, qui rassemble les forces vives politiques, économiques et sociales de la Province de Liège mène la réflexion. Il porte également de nombreux dossiers très importants pour notre avenir.

À titre d’exemple, le dernier Comité stratégique portait notamment à son ordre du jour les points suivants :

  • le téléscope Einstein,
  • le TUMO (École de création technologique),
  • les friches industrielles (Chertal),
  • la problématique du marketing territorial.

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Mesdames et Messieurs,

Plus largement encore, le moment est enfin venu, je l’espère, d’une réflexion organisationnelle et institutionnelle sur l’avenir du Pays de Liège, à l’échelle du Bassin de Liège.

Je répète ma conviction que nous n’en sortirons pas sans de profonds changements, sans de grandes simplifications de structures.

C’est la raison pour laquelle nous sommes un certain nombre à avoir souhaité au lendemain des élections qu’une grande coalition, rassemblant les principaux partis traditionnels, préside aux destinées de la Province et de la Ville.

Il ne s’agit pas, précisons-le, d’un jugement de valeurs vis-à-vis des formations politiques qui ne participent pas à ces majorités, mais d’une volonté d’exercer des responsabilités difficiles.

C’est cette volonté qui précisément m’a conduit à solliciter l’honneur d’entamer un dernier mandat en qualité de Bourgmestre de Liège.

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Mesdames et Messieurs,

Il m’importe de terminer cette prise de parole par ce qui, à mon sens, est le plus important.

Ne souscrivons pas à l’air du temps qui cède aux sirènes de l’intelligence artificielle et de la polarisation.

Ne suivons pas les provocateurs et les extrémistes de tous bords qui dressent les uns, les unes, contre les autres.

Continuons à cultiver les valeurs ancestrales du Pays de Liège, le débat contradictoire, le respect de l’autre, l’amour conjugué de la fête et du travail bien fait.

Ainsi, à travers les tumultes du temps présent, nous bâtirons des lendemains souriants.

Merci pour votre attention.

 

Vive la Wallonie.

Vive Liège.

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