J'ai toujours eu une vision pour Liège

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Samedi 25 novembre 2017

Un article de Marc Bechet dans la Dernière Heure

Willy Demeyer est bourgmestre depuis 18 ans… mais il a encore plein de projets

A Liège, cité ardente, cité millénaire, cité aux 100 clochers… mais cité longtemps asphyxiée par la dette, la crise et, il y a peu, blessée par la fin de la sidérurgie. D’aucuns le constatent toutefois, depuis quelques années, Liège va mieux… et devient même une référence, avec sa gare monument, son opéra, son théâtre, ses quais, sa Médiacité signée Ron Arad, sa passerelle, son musée Boverie… “Sans oublier ses habitants, ses Liégeoises et ses Liégeois qui sont la vraie richesse de Liège”, revendique Willy Demeyer, bourgmestre PS de Liège à temps plein. “Vous ne trouverez nulle part ailleurs en Belgique une ville avec une telle concentration culturelle”.

À la Violette, place du Marché, celui qui est bourgmestre depuis 1999 nous reçoit dans un lieu chargé d’histoire, son bureau, où se sont succédé d’éminents confrères comme Xavier Neujean, Maurice Destenay ou Gustave Kleyer. D’ici 3 ans, Willy Demeyer pourrait détrôner ce dernier, resté à la tête de la ville durant 21 ans, de 1900 à 1921. Le socialiste de Jupille, âgé de 58 ans, gère la ville à sa manière et, après 18 années de rè- gne, il avoue être à une période charnière, entre bilan et perspective. Et il n’a jamais été aussi ambitieux, car il a une vision…

Monsieur Demeyer, comment allez-vous, en tant que bourgmestre de Liège… en 2017 ?

“Je vais comme la ville, parfois bien, parfois moins bien… donc pour le moment, je vais plutôt bien. La tendance est positive et il y a ce grand processus dont je suis à l’initiative, Réinventons Liège. J’ai toujours eu une vision pour Liège et j’ai aujourd’hui cette conviction que l’avenir appartient aux métropoles résilientes”.

La ville est une solution, pas un problème, c’est vous qui l’avez dit.

“En effet, dans une ville bien développée, nous n’avons pas besoin de voitures, nous avons tous les services au bout de la rue. À Liège, il reste quelques problèmes, la toxicomanie, la charge des pensions et une réelle communauté urbaine”.

Vous revenez de Barcelone pour la Ville, qu’avez-vous appris ?

“Je connais bien cette ville et j’ai été conforté dans ma vision de la mobilité. Le tram, le train, le bus, tout est bien pensé et connecté. C’est ce qu’on veut faire à Liège, avec des rues entièrement piétonnes, des espaces apaisés”.

Bientôt le tram, tout se met donc en place à Liège ?

“C’est comme au Jackpot, je suis occupé à aligner toutes les cerises, le schéma de structure, le tram, l’écoquartier… et cela se passe plutôt bien. Mais ça nécessite aussi que je m’investisse ici à plein temps. J’y songe d’ailleurs depuis juin 2016, bien avant le scandale”.

Car vous avez un bilan mais aussi un projet pour Liège…

“Nous avons déjà réalisé de belles choses mais, vous savez, on ne gagne pas une élection avec un bilan. Il faut aussi des perspectives ; nous en avions déjà à l’époque, Liège est la première ville à s’être dotée d’un projet de ville, c’était en 2002… et il y a eu les fonds Feder, regardez ce qui a été fait. Récemment, notre passerelle la Belle Lié- geoise a vraiment été une révélation. Les Liégeois sont montés dessus et j’ai senti qu’ils se disaient : “Notre ville est belle”.

C’est donc le moment de relancer de nouveaux projets, les 77 projets de Réinventons Liège…

“J’ai personnellement l’impression d’être devant une obligation morale pour Liège, c’est un devoir,, une évidence de rester et de faire cela pour la ville”.

Quels sont les projets phares de ces 10 prochaines années ?

“La priorité, c’est tout ce qui touche à la mobilité. Il y a le tram bien sûr, mais aussi les bus à haut niveau de service, les pistes cyclables associées et les deux téléphériques aussi. Imaginez un étudiant de Chaudfontaine qui arrive à Liège, en train, en bus… il arrive à Angleur et là, il prend le téléphérique vers le Sart-Tilman. Mais il y a aussi la gouvernance alimentaire, le circuit court ou d’autres projets comme la piscine sur la Meuse. L’important, c’est la méthode, il faut faire cela avec les Liégeois. C’est une philosophie et je vois bien que les jeunes sont enthousiastes. C’est pour eux que je travaille”.

Et le budget, est-ce raisonnable ?

“Il est là le budget, c’est simplement une manière de le dépenser. En vivant comme on veut vivre, on fera des économies, le Liégeois fera des économies. Un ménage n’aura plus besoin de 2 ou 3 voitures mais d’une seule, avec un vélo, le tram ou même des systèmes comme Cambio. Nous avons bien sûr déjà réfléchi aux budgets et pour Réinventons Liège, en 2017 et 2018, nous affectons 12,5 millions”.

À pied : “vivre mieux en dépensant moins”

“Le Liégeois n’est pas nationaliste mais il est patriote, c’est tout à fait différent. Car le nationaliste est replié sur lui-même. Le patriote, il est fier de ce qu’il est mais il est aussi ouvert aux autres.”

Liégeois, Willy Demeyer l’est assurément, lui qui a grandi “à différents endroits de Jupille” et qui est toujours resté dans sa ville, dans son quartier. Patriote sans aucun doute. Ouvert… aussi dit-il. Car le bourgmestre sans permis (il ne conduit pas) sait aussi écouter les bons conseils venus de ses partenaires, et même de l’opposition. Et une idée a déjà fait son chemin dans le chef des autorités, celle d’une ville (presque) sans voiture. “La ville, je la pense pour les piétons.”

L’UN DES PROJETS PHARES de Réinventons Liège est en effet cette volonté de pacifier la ville; quoi d’autre pour une cité qui se veut résiliente et smart city ? Dans les projets mis en œuvre, tout converge en tout cas vers cette piétonnisation du centreville qui, d’ici quelques années, passera de 6 à 12 kilomètres !

“Ce que je souhaite pour les Lié- geois, c’est qu’ils puissent vivre mieux en dépensant moins et en ayant accès à plus de confort”, explique Willy Demeyer. “Et en tant que bourgmestre, je suis responsable d’une qualité de vie pour les citoyens. Je suis convaincu qu’il peut y avoir une alliance entre écologie et politique sociale.”

La mobilité est donc une thématique devenue centrale à Liège, au cœur des préoccupations du bourgmestre qui parle “d’une ville adaptée”. “Nous devons offrir des solutions de mobilité. L’idée, c’est que les Liégeois n’aient plus besoin de voiture dans le centre. Ce sera le cas lorsqu’il y aura un tram qui passera toutes les 4 minutes. Quand le cadre dynamique qui vient de la pé- riphérie s’arrêtera à l’entrée de la ville et qu’il prendra du plaisir à monter dans le tram, nous aurons gagné.”

Visionnaire, dit-il, mais pas naïf, “je suis conscient du fait que cela va être la guérilla au départ mais si nous offrons des alternatives cohérentes, chacun pourra réorganiser sa propre vie. Nous sommes en période préélectorale mais je suis le seul candidat bourgmestre à être bourgmestre. Je ne peux pas rester sans rien faire”…

La place du Marché sans voiture, c’est lui…

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Nous étions au milieu des années 90, Willy Demeyer n’était pas encore bourgmestre… mais il siégeait déjà comme échevin PS des Travaux dans la majorité de Jean-Maurice Dehousse… Et à l’époque, il a lui-même initié un projet que personne ne lui reprochera aujourd’hui : le réaménagement de la place du Marché.

“Je me souviens très bien”, nous confie Willy Demeyer, “j’étais dans le bureau de JeanMaurice Dehousse à l’époque et alors que nous discutions, je regardais par la fenêtre, vers la place du Marché. J’ai été frappé par toutes ces voitures qui tournaient en rond, c’était absurde. Elles roulaient juste devant les façades à l’époque. Je me suis dit qu’il fallait faire en sorte qu’elles arrêtent. L’idée, c’était donc de faire une place semi-piétonne et j’avais une vision, je voyais ces grandes terrasses qui arriveraient quasiment à l’hôtel de ville.” Un croquis, dessiné à l’époque, a permis de projeter cette vision… et la place du Marché fut transformée. Aujourd’hui encore, elle est l’une des places les plus prisées (si ce n’est LA plus prisée) de la ville.

Elle sera plus belle encore

Par Jean-Michel Crespin

Il y a moins de dix ans, le Liégeois aurait eu du mal à imaginer que les quelques lignes qui vont suivre refléteraient une réalité à laquelle il ne s’attendait pas.

Imaginons-le alors faire un tout petit bond dans le temps pour arriver fin 2017. Il admirerait alors le nouveau musée de La Boverie, implanté dans le parc du même nom. Pour le découvrir, il serait descendu aux Guillemins, dans la gare imaginée par Santiago Calatrava, il aurait marché jusqu’à la Médiacité de Ron Arad, en passant devant la tour des Finances et en empruntant La belle liégeoise, la nouvelle passerelle enjambant la Meuse. Là, il remarquerait un magnifique parc où sera bientôt inaugurée, rénovée, l’impressionnante tour cybernétique de Nicolas Schöffer de 52 m de haut.

Que dire alors si notre voyageur du temps faisait un nouveau bond pour se retrouver en 2027 ? Un bond dans l’inconnu, certes, mais qui devrait également lui réserver de bonnes surprises. C’est que la Ville va encore investir énormément d’argent pour embellir la Cité. Le tram reliera notamment Jemeppe à Coronmeuse, soit sur 12 km et, sur son passage, ce sont 50 hectares d’espaces publics qui seront complètement réaménagés en faveur d’une mobilité douce. Elle s’est également dotée d’un projet de ville, porté par une population qui a d’ailleurs été largement consultée.

Liège est belle et le sera davantage encore.

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